Quand le site d’Interpol devient musée

1995, Interpol choisit de numériser son catalogue d’objets d’arts volées. 2009, il est disponible sur Internet. Le but avoué: stopper les trafiquants.

Edgar Degas : Les Choristes

«INTERPOL ouvre l’accès en ligne à sa base de données mondiale sur les œuvres d’art volées afin d’en réduire le commerce illicite» tel est le titre du communiqué de presse de l’organisation, datée du 17 août 2009, annonçant l’ouverture d’un nouveau site web entièrement consacré à la lutte contre le trafic très florissant des œuvres d’arts.

INTERPOL et le trafic d’objets d’arts: histoire du fichier central

INTERPOL (International Police) a vu le jour en 1923, d’abord sous le nom de C.I.P.C. (Commission internationale de police criminelle). Elle centralise alors les informations policières sur les personnes recherchées. Près de 90 ans plus tard, INTERPOL conserve les mêmes objectifs de centralisation de l’information mais dans des domaines élargis. Elle aide les pays membres (188 actuellement) à lutter contre les trafics, le terrorisme, le blanchiment d’argent et le crime organisé.

Après la seconde guerre mondiale, le fichier central s’organise avec un système de notices, qui existe encore aujourd’hui, et une diffusion accrue. La première notice concernant le vol d’objets de collection concerne des timbres de grande valeur et voit le jour dès 1947. Le catalogue des objets d’art volés prend très vite une ampleur considérable. A ce jour, il compte près de 35.000 œuvres d’arts volées dont beaucoup y sont depuis plusieurs années.

Le catalogue est numérisé à partir de 1995 et diffusé par CD Rom, puis DVD Rom, dès 1999, auprès des musées, antiquaires et galeristes. Malheureusement, le coût de production des disques est élevé et la diffusion, qui se fait sur demande, n’est pas aussi large que voulue. C’est pourquoi, parallèlement, des campagnes d’affichage régulières des œuvres volées les plus précieuses complète le dispositif, tels des avis de recherche.

Internet: la communication pour casser les réseaux

Le nouveau système de communication I-24/7, basé sur la technologie web, qui voit le jour en 2002 permet plus de transparence et de visibilité. Le différents bureaux centraux nationaux peuvent ainsi accéder plus facilement aux bases de données d’INTERPOL. Le premier pays à se connecter est le Canada.

Depuis août 2009, tout le monde peut avoir accès à la base de données des oeuvres d’art volées. Il suffit pour cela d’en faire la demande via un formulaire sur le site d’INTERPOL. Après avoir reçu un identifiant puis un mot de passe, il est possible de se connecter à l’ensemble des objets répertoriés dans le catalogue.

Toute forme d’art peut être pillée. C’est pourquoi la nomenclature de la base de données est très précise. INTERPOL a défini vingt-cinq types d’objets parmi lesquels on trouve aussi bien les timbres de collection que les tapisseries, les armes, les instruments de musique, les peintures, les sculptures et autres. Ces types se subdivisent en de nombreuses catégories qui n’ont rien à voir avec leur qualité artistique mais visent plutôt à décrire l’objet de la manière la plus fine possible: dimensions, couleur, matière, forme, sujet, etc.

Au fur et à mesure, le moteur de recherche affine la liste des objets en fonction des différents critères choisis et aboutit à un résultat rassemblant des œuvres d’apparence proche. Si finalement l’objet cherché apparaît, il faut alerter INTERPOL qui transmet l’affaire à la police compétente.

Le trafic d’objets d’art : un fléau mondial

En France, l’OCBC (Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels) et INTERPOL travaillent de concert mais il en est de même avec les polices des différents pays membres. Les exemples de peintures, bijoux, sculptures et autres objets d’art, retrouvés, quelques jours ou quelques années après leur vol, grâce à la diffusion de leur photographie et leur description sont nombreux. Ainsi, le fichier central d’INTERPOL a permis de retrouver de très nombreux chefs d’œuvres, parmi lesquels Le cri et La Madone, deux célèbres peintures d’Edvard Munch, emportées lors d’un vol à main armée au musée d’Oslo, le 22 août 2004, et récupérées par la police norvégienne deux ans plus tard. Ces œuvres avaient été mises en tête des affiches et en place de choix dans les DVD.

Les voleurs sont de plus en plus audacieux. Les risques pris sont à la hauteur des gains espérés. Par exemple, en décembre 2005, une sculpture en bronze de Henry Moore, Reclining figure, pesant 2,5 tonnes, a été volée dans le jardin de la Fondation Moore, en Angleterre au moyen d’une grue. Les trafiquants d’œuvres d’art sont présents dans le monde entier. Les pays en guerre sont très touchés par les vols: c’est particulièrement le cas de l’Irak et l’Afghanistan. Le musée Kaboul a été littéralement pillé, perdant ainsi la quasi-totalité de ses collections. Certain objets douteux se retrouvent même sur des sites de vente aux enchères.

La mise en service du site Internet Works of Art d’INTERPOL devrait permettre d’enrayer ce rythme infernal et d’empêcher les receleurs d’écouler leur marchandise. Plus une œuvre est connue, plus elle est difficile à vendre. Le terrain d’affrontement entre trafiquants et policiers va maintenant être Internet. INTERPOL espère aider ainsi à retrouver rapidement le tableau d’Edgar Degas, Les Choristes, volé fin décembre 2009, au Musée Cantini de Marseille, et bien d’autres objets, volés dans le monde entier depuis des décennies.