Gothic Ivories Project : une initiative du Courtauld Institute of Art

Le constat fait en 2008 par le Courtauld Institute of Art de Londres est simple : depuis l’inventaire fait par Raymond Koechlin, en 1924, aucune étude exhaustive des objets en ivoire sculpté de l’époque gothique n’a été réalisée

Jeu d’échecs, valve de miroir – Musée du Louvre

En 1924, parait un ouvrage de référence essentiel pour l’histoire de la sculpture sur ivoire de l’époque gothique : Les ivoires gothiques français, de Raymond KOECHLIN. Il recense en trois volumes plus de 1300 objets, soit l’exhaustivité des œuvres d’art en ivoire, produites en France entre le XIIIe et le XVe siècle, connues dans le premier quart du XXe siècle.

Le concept du projet

Près de 90 ans plus tard, le Courtauld Institute of Art constate que le catalogue initial a grand besoin d’être mis à jour. En effet, depuis 1924, de nombreux ivoires ont fait surface dans des collections privées et publiques ou lors de ventes aux enchères. Chaque nouvelle apparition d’un objet en ivoire est l’occasion d’une analyse scientifique et son intégration à un catalogue. Cette documentation se multipliant de manière éparse, le travail de centralisation des informations effectué par Raymond Koechlin mérite d’être actualisé et enrichi. De plus, les moyens techniques maintenant à la disposition des institutions muséales permet de constituer une base de données.

Le Gothic Ivories Project est donc un projet de base de données qui vise à inclure tous les renseignements disponibles sur chaque objet gothique en ivoire identifié (fabriqués en Europe entre 1200 et 1530 et les imitations modernes), accompagné d’au moins une image.

Notice du site Gothic Ivories Project

La base de données en ligne contient des informations sur l’iconographie, l’origine, la provenance, les restaurations, la conservation et la bibliographie. Le but est de faire en sorte de centraliser en un seul endroit des images et des informations détaillées sur plus de 5000 objets dispersés dans des collections à travers le monde. Toutes les informations collectées pour le projet sont soigneusement vérifiées, pour s’assurer de leur exactitude et faire en sorte que les notices soient les plus complètes possible, pour les chercheurs, les étudiants et la communauté au sens large, offrant ainsi un outil précieux pour l’étude de ces objets .

Un projet collaboratif

Le point de départ du projet est la collection de photographies de la bibliothèque Conway au Courtauld Institute of Art, qui référence plus de 1500 objets en ivoire, présents dans des collections privées et publiques. Bien que la collection Conway constitue un excellent point de départ , sa couverture n’est pas exhaustive et se compose surtout d’images en noir et blanc, de plus ou moins bonne qualité. Afin d’enrichir ce corpus, l’équipe du Gothic Ivories Project décide de lancer des collaborations avec les institutions de référence, parmi elles de nombreux musées français, italiens ou allemands, soit plus de 400 collections publiques.

Très souvent, ces partenariats sont l’occasion de lancer des campagnes de photographie numérique, visant à améliorer à la fois le site du Gothic Ivories Project et les ressources en ligne des institutions partenaires.

Pourquoi les ivoires gothiques ?

La production d’objets en ivoire a prospéré d’une façon extraordinaires à l’époque gothique, en particulier en France. A cette époque les échanges commerciaux fleurissent entre Orient et Occident, et  l’ouverture de nouvelles routes permet d’approvisionner les ateliers des « pigniers », « ymagiers » et « tabletiers ». La production est très variée : statuettes élégantes, diptyques et triptyques minutieusement sculptés, valves de miroir et de magnifiques coffret, ornés de scènes profanes, ont survécu dans des collections, à travers le monde entier.

Si aujourd’hui ces oeuvres sont si nombreuses dans les collections, c’est parce qu’elles ont profité du fait que l’ivoire n’est pas une matière transformable. Ainsi, contrairement aux objets d’orfèvrerie, les ivoires gothiques qui sont arrivés jusqu’à nous l’ont été quasiment dans leur intégrité. Cela explique à la fois leur grand nombre et leur bonne conservation.

Bases de données et œuvres d’art

Les institutions muséales et universitaires ont mis du temps à transférer leur savoir vers les bases de données. Les raisons en sont multiples mais, parmi elles, on peut citer les contraintes techniques à intégrer des objets divers dans une seule et même base de données, ou bien financières, tout projet de catalogue numérisé coûtant extrêmement cher. Enfin et surtout, il s’agit d’un très long processus, initié dans les années 70 aux Etats-Unis, qui voit seulement maintenant aboutir de nombreuses initiatives ayant comme but de centraliser les informations autour des œuvres.

Les avantages d’une ressource en ligne sont nombreuses face au catalogue au format livre : une plus grande flexibilité et une capacité d’évolutivité, permettent d’inscrire tout projet dans la durée. Le Gothic Ivories Project mise également sur le long terme et l’entreprise en cours n’est que le début de l’histoire et ne prendra pas fin avec la phase actuelle.